[Retour sur] #6 - La journée "Bibliothèques vertes"

Publié le 11/04/2024 par Mélanie Cronier
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Le 14 décembre 2023, au sein de la médiathèque de l'Echappée aux Sorinières à côté de Nantes, l'Association des Bibliothécaires de France (ABF) des Pays de la Loire et Mobilis ont organisé une journée autour des bibliothèques, de leurs réflexions, de leurs questionnements, de leurs enjeux et de leurs actions écologiques. 
Une journée qui s'est préparée de concert entre les deux associations, sur un temps long. Une co-construction qui s'est étalée sur une année et une programmation qui a émané de rencontres effectuées dans le cadre de la mission "écologie du livre et de la lecture" de Mobilis. 
 

L'idée de ces diverses rencontres n'a pas été l'exhaustivité des réflexions ou des enjeux actuels des bibliothécaires mais plutôt de dessiner une première ébauche de paysage des métiers de la bibliothèque. En partant des trois écologies du livre que sont ; l'écologie symbolique (politique documentaire), l'écologie sociale (équipe, écosystème du livre et de la lecture, maillage local, partenariat, sensibilisation des lecteur.ices, réflexion sur les vies du livre, coopérations...) et l'écologie matérielle (désherbage, équipement des documents, mobilité, achat de livres éco-conçus, transport, gestion des nouveautés, numérique...), l'intention a été de faire intervenir des professionnel.les sur un sujet précis et lié à une ou à la jonction de certaines écologies.  

Ici, il s'agit de faire une restitution de la journée dans un format documentaire en agrémentant les propos de liens, de bibliographie ou de capsules sonores - apparaissant dans un ordre chronologique. Cet article a pour but d'être un premier jalon à la réflexion écologique des bibliothèques au niveau régional, il peut-être considéré comme une base de sujets à explorer dans sa propre structure et avec ses équipes. Il se pose également comme une fiche pratique facilement consultable. 

Ce temps fort a eu lieu deux jours après la journée d'étude " Pour une transition écologique des bibliothèques" organisée par la BPI et l'ABF - ou plus particulièrement sa commission "bibliothèques vertes" et son blog très fourni. Mobilis y était présente et a animé un atelier sur les coopérations. 
Le livre "Engager les bibliothèques dans la transition écologique" - co-écrit et publié aux Presses de l'enssib - a été présenté à ce moment. 

Au fil des capsules

L'essence même du 14 décembre a été de repartir de la réflexion, de ce qui se fait déjà sur le terrain dans une période où la pensée de l'écologie du livre (et de la lecture) commence à prendre de plus en plus de place - médiatiquement ou institutionnellement. 
La première capsule sonore pose le cadre de la journée en présentant les différentes interventions, partages d'expérience qui vont se relayer tout au long des heures qui ponctuent ce moment de belles coopérations en traçant des ponts entre plusieurs thématiques. 

 

 

 

Ensuite, dans la deuxième capsule sonore, Fanny Valembois du bureau des Acclimatations présente "les bibliothèques et transition écologique" autour de plusieurs sujets inhérents ; la consommation énergétique, le bilan carbone, le bâti (même si l'on sait que la prise sur ce sujet est moins importante que sur d'autres). 

 

 

 
 


Elle a étayé ses propos en s'appuyant sur diverses inspirations : éco-conception de bâtiment (Bibliothèque de Varennes au Québec, Médiathèque Montaigne à Frontignan, Bibliothèque municipale de Couffé, Bibliothèque d'Aarhus au Danemark), réemploi de mobilier (Bibliothèque de Châtelaillon-Plage), cyclomobilité (Bibliothèque Universitaire de Rennes 1). 
A l'issue de cette première partie, Fanny a fait une présentation sur l'évolution des métiers et des compétences des bibliothécaires ; Prêt d'objets, nouvelles pratiques d'équipement et de désherbage, maîtrise d'usage du bâti, mobilité, la politique documentaire et la constitution du fonds, le questionnement du rapport à la nouveauté - au même titre que dans les librairies.
De plus, Le bureau des Acclimatations organise des webinaires sur un certain nombre de sujets transversaux en faisant partager l'expérience de bibliothécaires, en les publiant ensuite sur sa page Youtube. 

La troisième capsule sonore restitue un dialogue sur le sujet des vies du livre au travers de l'après-désherbage. Mélanie Cronier de Mobilis y a présenté le prototype d'un "guide des vies du livre" (à paraître prochainement) qui a vocation à présenter plusieurs chemins d'après-désherbage émanant d'initiatives rencontrées et sous forme d'échange de récits. 
Le désherbage est un sujet important pour les bibliothèques puisque ses issues posent des questions sociales et matérielles. La médiathèque Diderot de Rezé représentée par Sophie Charrieau et Maÿlis Tapie a mis en place un dispositif "Escal'livre" - complémentaire à a la braderie et au pilon des livres désherbés. Ce dispositif créé une liaison entre les associations partenaires qui souhaitent récupérer un type de document particulier et la médiathèque qui leur met à disposition. 
La question du maillage locale et de la désacralisation du livre y est ici centrale. Comme l'a rappelé Fanny Valembois, la question des vies du livre est importante, notamment pour ce qui concerne leur circulation, elle doit être réfléchie dans les bibliothèques et leur géographie. Le ministère de la culture a sorti une recommandation qui stipule le privilège du don avant le recyclage. 

 

 

 

 

La cohérence est inhérente à la dimension écologique, l'organisation de la journée dans une bibliothèque qui met en place des actions en ce sens est rapidement apparue comme une évidence. Sur le temps du midi, Baladine Claus, responsable de la médiathèque des Sorinières a organisé une visite immersive avec une halte au compteur électrique pour aller plus loin dans la maîtrise énergétique. Une visite qui a permis aux participant.es de s'imprégner de la bibliothèque et de se rendre compte du bouillonnement des idées et des actions de celle-ci : mise en avant de maisons d'édition locales, créathèque, jardin partagé, partenariat avec des associations locales, mise en mouvement des équipes autour de ces sujets, peu ou pas d'équipement des documents avec une mention spéciale à l'intérieur des livres dans un but de sensibiliser les usager.ères, réflexion autour des nouveautés et de la bibliodiversité, atelier de jardinage... 
Au fil de la visite des locaux, sur des post-its, les personnes ont écrit ce qui les a inspirées : jardin partagé et participatif, temps d'échange, le troc, la grainothèque, réflexions autour d'une meilleure maîtrise des achats, mobilier sur mesure, toit végétalisé, rétention naturelle de l'eau de pluie, panneaux solaires, rack à trottinettes et arcs pour les vélos, prêt de plaids tricotés à la main, invitation de spécialistes sur l'écologie, dynamisme et idées, démarche d'acquisition de petites maisons engagées et d'autrices, non-couverture de 40% des ouvrages. 
 

La quatrième capsule nous partage l'expérience du montage d'un groupe de travail au sein d'une bibliothèque. Martin Hamon relate l'histoire de ce groupe (l'essence de sa création, sa définition, sa place, ses difficultés) qui s'articule autour de questionnements écologiques au sein de la bibliothèque universitaire de l'Université Catholique de l'Ouest (UCO) d'Angers. Dans la cinquième capsule, il est question de classification des documents qui sont aujourd'hui encore très cloisonnés - par genre. Estelle Ferrier de la BU de l'UCO à Angers nous propose une définition des Humanités écologiques, comme une manière de renouveler les savoirs et l'architecture de ces savoirs. Selon le livre de Deborah Bird Rose, "vers les Humanités écologiques" (ed.Wildproject) "Elles viennent travailler en profondeur la grande binarité de la culture occidentale." 

 

 

 
 
 
 
 

 

 

La sixième capsule sonore nous laisse entendre les voix de Cécile Mascle-Allemand et Aintzane Lecourt-Zabala de la médiathèque Condorcet de Bouguenais sur leur réflexion autour de l'équipement ou non des documents. Elles nous dépeignent les différentes pistes, critères d'équipement ou non, méthode d'équipement, motivations, freins, questionnements de l'équipe... Il s'agit ici d'interroger les pratiques et les manières de faire sans dresser le tableau de LA seule et unique façon d'équiper ou non des documents. Cette action propre à chaque bibliothèque pose un certain nombre de facteurs dont il est nécessaire de tenir compte (type de documents, équipe, usager.ères, exposition des documents, état de la couverture...)

 

 
 
 
 

La dernière capsule porte sur une grande mutation de métier de bibliothécaire : le prêt d'objets. Sandrine Lorans de la BU de La Roche s/Yon présente cette nouvelle compétence. Cette notion de prêt d'objets (Bobun) existe depuis longtemps en bibliothèque - qu'elles soient de lecture publique ou universitaires. Avec une belle couverture médiatique, la bibliothèque Universitaire s'est réappropriée cette notion qui a été déployée, étendue dans des directions moins traditionnelles et plus en lien avec la vie de tous les jours, étirant, élargissant ainsi le concept de "bibliothèque comme lieu de ressources" et comme lieu de citoyenneté, de partage, de solidarité. Toujours dans le réseau de Nantes Université, Nolwenn Le Gal de la BU Sciences de Nantes s'inspire de l'existant en y reproduisant une objethèque qui s'adapte aux usager.ères et à leur usage où les objets sont "une collection comme une autre". De plus, cette collection entraîne avec elle d'autres relations avec des structures sociales et locales comme des ressourceries. La démarche résonne très fortement sur les questions d'écologie sociale et son adaptabilité sensible d'un établissement à l'autre. Toujours dans un souci de cohérence, le prêt de certains objets s'accompagne souvent d'ateliers afin de s'approprier leur utilité. 
 

 

 
 
 

Nous avons interrogé les différentes personnes présentes lors de cet évènement afin de questionner les thématiques qu'ils et elles aimeraient aborder lors de prochains temps forts : sobriété numérique, accueil des publics en quartiers prioritaires, le livre d'occasion, égalité de genres, réflexion autour de la nouveauté (trêve des nouveautés), politique documentaire, médiathèque participative. 

Malgré la géométrie variable des bibliothèques dans leur ensemble (zone géographique, taille, statut, usager.ères), de nombreuses réflexions-actions-initiatives sont duplicables quel que soit le lieu où elles sont implantées ; campus, village ou quartier et quel.les que soient les usager.ères, que celleux soient étudiant.es ou habitant.es. L'écologie en bibliothèque s'articule d'une multitude de manière et avec une certaine lecture sensible en fonction du lieu où l'on se trouve, de l'environnement de travail, des moyens financiers, des coopérations possibles et à imaginer, de l'équipe et des personnes... L'écologie est transversale à toutes les actions de la bibliothèque et essayer de la concevoir comme une vue d'ensemble permettra de se rendre compte de toutes les possibilités et toutes les inspirations déjà existantes. Dans le monde du livre et de la lecture, le sujet est foisonnant et toutes les portes sont ouvertes pour réenchanter les imaginaires. 

Si vous souhaitez avoir certains supports projetés lors de la journée et pour toute autre question ou partage d'initiatives, n'hésitez pas à contacter Mélanie Cronier, melanie.cronier@mobilis-paysdelaloire.fr

 

Pour aller plus loin : 


Pour surfer sur l’écologie du livre :
 

 

Les livres ou les revues : 
 

La Presse :