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Et parce que dedans se donne aussi la beauté, de James Sacré

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Et parce que dedans se donne aussi la beauté, le nouveau recueil de James Sacré, est accompagné de quatre dessins de Guy Calamusa. Les poèmes et les dessins se répondent, échangent, résonnent. Un livre plein de charme. Lecture par Christian Bulting.

Le charme pourrait définir ce livre de James Sacré. Tout d'abord l'objet : un petit format qui tient dans une main, une couverture unie bleu pâle, une composition en linotypie, un tirage sur presse typographique. D'où le plaisir d'un texte fortement encré dans la page, lisible avec volupté. Travail d'artisan entre le livre d'artiste et le fade rendu des ouvrages tirés en photocopie numérique. Bonheur donc de tourner les pages d'un épais papier ivoire pour suivre l'exploration de James Sacré.

À travers les différents poèmes il interroge le déchiré, le brouillon, la rature, la chute. Ce qu'en général on jette : “Autant jeter tout ça / À quoi bon garder trace ?”. Pourtant “Ce qu'on déchire forcément / on l'a vu”. Dans un poème “Le mot le plus raturé. . . / Qu'on écrit / Qu'a-t-il voulu dire ?”. De même pourquoi le peintre a-t-il déchiré cette “grande feuille de papier canson”? qui amène à se poser la question “... un brouillon peint c'est pareil / Qu'une toile finie?”  

Le livre chemine, prend son temps, creuse, fouine, passe du poème au dessin, du dessin au paysage qui “aussi se défait, bientôt / Ça sera plus que du papier déchiré.” Il ne s'agit pas d'aboutir à un poème “bien foutu” mais plutôt dans “un brouillon d'écriture”. Et pourtant “Si quand même voilà pas / Un vrai poème à te proposer, lecteur”. On retrouve, comme dans d'autres livres de James Sacré, des écarts de langue comme dans ces deux vers ou dans “Une main qui à quoi pensé” ou encore “Qu'a l'aurait dit ma mère”. Pas d'hermétisme dans cette poésie, les mots sont simples mais ils cherchent à dire le complexe, le sentier hors des routes toutes faites, ce qui ne paie pas de mine, comme ce petit carnet “Peu de couleurs, des pages / en parties déchirées / Le prendre et le regarder / à la fin c'est l'aimer / Et parier que dedans / se donne aussi la beauté”.

Ces quelques remarques sont loin d'épuiser la lecture de ce livre, dont je disais plus haut qu'il pourrait bien se définir par son charme, quelque chose qui échappe à l'analyse, une présence, qu'on peut nommer poésie. Quatre dessins de Guy Calamusa accompagnent le texte à moins que celui-ci n'ait été déclenché par les dessins. En tout cas ils se répondent, échangent, résonnent.

Et parce que dedans se donne aussi la beauté, de James Sacré, quatre dessins de Guy Calamusa, Éditions AEncrages & Co.,  48 p., 15€, ISBN : 978-2-35439-093-8.

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