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Figures qui bougent un peu et autres poèmes, de James Sacré

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Le poète James Sacré évoque la Nouvelle Angleterre et sa Vendée natale dans Figures qui bougent un peu, recueil publié en poche chez Gallimard dans la fameuse collection “Poésie”

Dans ce recueil de James Sacré qui présente également Quelque chose de mal raconté et Une petite fille silencieuse, ces 46 “figures qui bougent un peu” sont dans tous les paysages, aussi bien ceux de sa Vendée natale que ceux de la Nouvelle Angleterre ou d'ailleurs: feuillages parfois rouges, “immeubles neufs” à côté de peupliers “poussés qu'on dirait très vite”, caprices de la lumière qui le soir apporte le noir, succession du beau temps, de la pluie, de la neige, de la saison des récoltes et des couleurs de l'automne, pelouse tantôt verte et qu'il faut tailler, tantôt foulée par des invités, tantôt jonchée d'outils “de printemps ou de début d'été”. Quelquefois c'est la guerre qui “défait” les formes et met “un peu d'herbe dans le trou des tombes”.

Aux changements du paysage répondent ceux de la maison : la grange tour à tour vide ou pleine de foin, le hangar dont les pierres s'éboulent, les murettes qui “se défont”, le “toit rouillé”. Les êtres aussi sont des “figures qui bougent un peu”. Quand, par exemple, le regard du père se remplit soudain d'absence et de silence, ou quand une photographie retient un “sourire immobile”...

Il reste des traces: la musique qu'on écoutait et qu'on écoute encore, “la boîte à boutons qu'un petit garçon joue avec autrefois” La mémoire essaie de reconstruire, mais est-elle sûre ? Les souvenirs sont “peut-être inventés”. Un poème, “ça refait le pays”.
L'écriture, avec ses “précautions de vivant”, n'est-elle pas plutôt une manière de dire le “désir de rester plus longtemps”? Les questions prolifèrent. Sur le cours des choses (“est-ce que c'était pareil l'année dernière?”), sur l'écriture (“Est-ce qu'il faut penser à la vérité dans le fait d'écriture?”), et sur la mort : “de quoi est-ce qu'on a peur vraiment d'arriver où?”, “De penser à l'herbe qui pousse est-ce que ça peut aider à parler de ce que peut être la mort...", “Qu'est-ce que ça veut dire s'habituer à la mort...”. La question essentielle ne peut pas être éludée: quel est le sens de toutes ces fuites? Les doutes s'accumulent: “je me demande bien...”, “je me demande si...”, “je ne sais...”, “je sais mal...”.

Chaque jour apporte des disparitions. Cependant le temps n'est pas que pertes, il est aussi recommencements: ”ça se fait tous les automnes ça continue”, et les poèmes sont “toujours presque les mêmes”. Ces figures qui bougent juste un peu ne sont pas la mort ; “c'est vivant”, répète le poète. Avec leur “insignifiance” qui “côtoie le bonheur”, elles font la musique de la vie: thème et variations.

Figures qui bougent un peu et autres poèmes, par James Sacré, préface d’Antoine Emaz, Gallimard, 288 pp., 7,90 €, ISBN 978-2-07-046863-8