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Japon, à pied sous les volcans, de Nicolas Jolivot

Livres

Le “carnettiste” Nicolas Jolivot arpente le Japon dans son nouvel ouvrage chez HongFei. Une belle leçon de vie pour les lecteurs adolescents à qui s’adresse le livre. Lecture de Séverine Dubertrand.

Carnettiste de voyage, voilà une bien belle profession ! Après plusieurs ouvrages déjà publiés chez HongFei, Shangai Promenades, ou Chine, scènes de la vie quotidienne, Nicolas Jolivot nous emmène cette fois-ci découvrir un pays qu’il arpente pour la première fois: le Japon. Mu par sa fascination pour les volcans japonais, il parcourt à pied à l’automne 2016 l’île montagneuse de Kyūshū, dont le mont Aso est le plus haut volcan actif du Japon. 

Dès les premières pages du livre, nul doute que nous aurons envie d’aller au bout du périple. Pendant près d’un mois, nous marcherons, jour après jour, au côté de Nicolas Jolivot. Sur les routes dangereusement peuplées de voitures ou sur les chemins côtiers, plantant la tente sur des parkings ou au bord des chemins. Nous ouvrirons nos yeux ébahis sur des paysages oniriques, nous entendrons les bruits de la ville et de la nature, ressentirons le froid et l’humidité jusqu’au bout de nos pieds, puis nous remercierons avec sincérité les hôtes croisés de leur générosité. Nous ferons nôtre cette aventure, à travers son récit, ses anecdotes ou ses réflexions, ce que l’on imagine n’être qu’une infime sélection de ce que les yeux d’un homme peuvent embrasser au cours d’un tel périple. Même le grand format à l’italienne (qui rend cependant l’ouvrage un peu difficile à manier) semble témoigner de cette frustration: la page ne sera jamais assez large pour rendre pleinement la majesté des panoramas.

Et si l’exercice de carnet de voyage est souvent celui du récit par le croquis, le texte n’en est pas moins soigné. Le promeneur solitaire, porté par la rêverie du lointain, sait nous bercer de ses haiku, mais il a également les mots simples qui témoignent de la pragmatique réalité d’un voyage à pied. Et voilà que la sagesse asiatique s’en mêle! Car s’il doit être fort pour entreprendre tel périple, le marcheur n’en est pas moins soumis à ces monstres fumants qui se refusent à lui, au cœur de contrées qui portent les stigmates des séismes et des éruptions passées. Et lorsque le ciel se répand, il est aussi frêle qu’un morceau de sucre. Mais après les premiers jours d’une pluie diluvienne, le ciel s’éclaire enfin pour révéler une nature aux couleurs douces, parfaitement rendues par les dessins délicats, traités à la manière de l’estampe – les monts se révèlent violines, le ciel d’un bleu profond et les parterres se parent de cosmos, dont la floraison annoncent le temps du momjigari, celui de l’observation sacrée du changement de couleur des feuilles.  

Belle leçon de vie pour les lecteurs adolescents à qui s’adresse le livre. Se confronter à la nature, c’est apprendre la ténacité, dépasser ses limites, accepter le renoncement parfois, éprouver la solitude souvent. Et lorsque celle-ci laisse toute la place aux rencontres, faisant apparaître soudain un ange gardien sur le chemin, alors tout prend sa juste place. Au terme du voyage, nul doute qu’en cheminant, nous aurons grandi. 

Japon, à pied sous les volcans, de Nicolas Jolivot, HongFei, 88 p., 23 €, ISBN  : 978-235558-139-7. 

À partir de 13 ans. 

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