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Intérieur. Nuit, de Frédérique Germanaud

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Le nouveau recueil poétique de Frédérique Germanaud, Intérieur. Nuit — un intérieur spatial habité par les jeux de l'imaginaire, par les souvenirs, par les blessures et, au bout du compte, par l'ombre. Lecture de Claire-Neige Jaunet.

Tous ceux que dévore la nostalgie des pages qu'il faut ouvrir au coupe-papier avant de savourer le texte seront comblés par la présentation choisie par le phare du cousseix pour l'édition du recueil poétique de Frédérique Germanaud : Intérieur. Nuit.  Voilà deux mots, dans ce titre, qui se font signe mutuellement. Car la nuit est bien ce moment où l'on est invité à se serrer à l'intérieur de la maison, dans le cocon domestique, avec la lampe, la nappe, les traces du repas, le bruit de la pendule, "l'odeur de l'hiver". . . tout un univers intime où parviennent, pour mieux en goûter la séparation, quelques bruits du dehors : celui du vent et du "feuillage agité devant la petite maison", des roses trémières qui "fouettent l'air", des bouleaux qui "s'égouttent", ou encore les "hennissements des trois chevaux du voisin".  

À ces sons venus de l'extérieur s'en ajoute un, venu de l'intérieur celui-là, le bruit du "stylo qui grince". Car la nuit est aussi le moment pour veiller et chercher, "Sous le halo de la lampe", à faire parler la page : "De la pointe du crayon je remue un peu les verbes", "J'attends qu'un poème / Sorte de la pointe du Bic". Cet intérieur spatial fait glisser vers l'intérieur de soi, habité par les jeux de l'imaginaire ("J'entends grincer des portes qui n'existent pas"), par les souvenirs (ce "cheval blanc sur le flanc" ou cet "hérisson apprivoisé"), par les blessures ("Je rature mes peines dans le carnet"), et, au bout du compte, par l'ombre. 

La nuit n'est pas seulement une circonstance temporelle, elle entre dans la composition du moi livré à la quête de l'écriture, elle devient sa propre matière: "J'accueille la nuit dans mon ventre". À la faveur de la nuit qui avance au cadran de l'horloge, la nuit secrète du moi apporte une certaine violence : elle "tranche les veines" car elle dépouille de toute complaisance ("j'enroule et déroule mes erreurs"), elle éveille des inquiétudes et un sentiment d'abandon, elle laisse insatisfaite la traque de la parole : "J'ai raclé la nuit jusqu'à ces mots mal écrits". Et quand la lumière du jour vient remplacer et rendre inutile celle de la lampe, et qu'il faut "Mettre la nuit / Dehors", c'est un peu un sentiment de défaite qui murmure: "Il faut savoir rompre", il faut savoir "Lever le camp".  

Intérieur. Nuit, de Frédérique Germanaud, Éditions le phare du cousseix, 2018, 14 p., 7 €, ISBN 979-10-96604-09-8.

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