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Gare Maritime 2016, Maison de la Poésie de Nantes

Livres

Le nouveau numéro de Gare Maritime — un vaste panorama où chacun peut trouver une voix jumelle pour dialoguer, ou une voix surprenante pour ouvrir une nouvelle réflexion.

Vingt-sept auteurs (pas uniquement poètes) sont présents dans cette anthologie. Pour chacun : une photo, une bibliographie, des extraits, et une présentation dont les rédacteurs sont regroupés dans un index. Un excellent CD accompagne la revue et remet l'oralité au cœur de la parole poétique. Des éditeurs trouvent aussi une place, ainsi que des voix venues d'ailleurs: taïwanaises, russe, haïtienne, innues... Ainsi conçu, l'ouvrage met en valeur la dimension fondamentale de la poésie : un art d'ouverture au monde qui peut surgir dans tout mouvement créateur.

Chaque écrivain est singulier, mais rejoint des préoccupations universelles de la poésie, comme s'interroger sur la langue qui lui est propre. Certains, en se libérant de la ponctuation, de la syntaxe, en inventant des vocables, revisitent des voies déjà explorées. D'autres modifient le code écrit en s'appropriant des signes typographiques. Olivier Domerg redécouvre le sens des sons dans les mots. Le français peut aussi devenir une langue-matrice fécondée par des métissages imprévus (avec l'anglais, ou le tibétain...).

Définir la quête poétique a également tenté les poètes, sans qu'existe de réponse unique : "capter le monde, capter les images", "dire la complexité de l'Histoire", échapper "aux contraintes et aux dogmes de la représentation", "combler un manque"...

Bernard Chambaz se fraye une route dans les "territoires déserts" de l'inarticulé pour y introduire la parole. Pierre Guéry cherche à épouser la diversité humaine. Parmi les plus subversifs, Christian Doumet refuse "la musique de l'inimportance" qui édulcore nos vies, James Noël écrit pour "tout DEMOLIR", et Claude Chambard pour "passer des frontières. Illégalement." Reste le rapport de l'homme au monde.

Éternité des tragédies, questionnements sur l'espace et le temps, inquiétudes devant les phénomènes du monde moderne (pollution, obsession de la traçabilité, marchandisation généralisée...). Olivier Domerg leur oppose la "puissance bruissante et passante" du paysage, et pour les déracinées que sont Joséphine Bacon ou Natasha Kanapé Fontaine, il s'agit d'exhumer en elles les forces originelles enfouies. Dans ce vaste panorama, chacun pourra trouver une voix jumelle pour dialoguer, ou une voix surprenante pour ouvrir une nouvelle réflexion.

Gare Maritime 2016, Anthologie écrite et sonore de poésie contemporaine, éd. Maison de la Poésie de Nantes, 92 pages, 17 Euros.