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Journal de bord du FORUM : Le rendez-vous de l’image éditée

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Mercredi 13 juin 2018, à la Manufacture, NANTES France

 

En feuilletant le soir un bel album avec mes petites têtes brunes, pour peupler leurs nuits de jolis rêves, je ne pouvais imaginer combien de travail passionné, mais aussi de prises de risques se nichaient entre les pages d’un tel livre.

Ils étaient quatre ce mercredi pour évoquer, tout en sincérité et accents personnels, le bonheur mais aussi les difficultés d’un tel enfantement. Il y avait là l’illustratrice Julia Wauters et Bérengère Orieux, des éditions de bandes dessinées Ici-Même. Les accompagnaient Michel Lagarde, agent d’illustrateur, et Daniel Bry, des éditions Chatoyantes. 

Quatre regards, quatre voix, mais une vision partagée du marché de l’image éditée ! Il y avait dans le camaïeu en gris de leurs témoignages la révélation d’un univers impitoyable où les forces de l’argent pèsent souvent très lourdement sur les ressorts de la création.

Les gros éditeurs, toujours plus gros avec la financiarisation du secteur visent à occuper tout l’espace. Avec leur maîtrise des circuits de distribution/retour, ils peuvent se permettre de sortir 100 livres… en pariant sur le succès d’un seul. La mise est trop importante pour les petits et micro-éditeurs, tel Ici-Même qui fait paraître 5 à 10 livres par an. Pour continuer à éditer, à exister, il faut donc trouver des expédients, poursuivre par exemple une activité d’editing en gérant parfois, ironie de la situation, des titres ou des collections du mainstream, « la culture qui plaît à tout le monde » !

Pour les illustrateurs, vivre de son art oblige aux mêmes contorsions professionnelles. Un album qui requiert des mois de travail ne rapporte bien souvent que l’avance sur recette, qui peut être (pois) chiche. Ils sont rares les éditeurs comme Bérengère O. à proposer d’emblée au moins 3 000 € (elle est même allée jusqu’à 12 000 € !) en à valoir. Il faut donc aller vers d’autres images : couvertures, affiches qui peuvent être plaisantes à créer, comme celle commandée à Julia par la SNCF, mais qu’il a toutefois fallu, aïe ! aïe ! aïe ! décliner en… 25 versions ! Suivre de tels rails ne fait pas toujours avancer, même si une image SNCF rapporte autant qu’un album !
Autre gagne-pain possible, l’animation d’ateliers pour les enfants, l’art et les lardons !, mais les éditeurs profitent souvent de cette opportunité offerte aux illustrateurs pour rogner les à valoir. Des portes, aussi, se sont fermées : la presse, qui fit durant longtemps souvent appel aux illustrateurs, offre peu d’opportunités, même si le succès de certains « mooks », ces mixtes de  magazines et de books, ramènent des commandes.  

Sur ce fond de tableau assez sombre, on a pourtant vu poindre de belles notes « chatoyantes » et la moindre ne fut pas la passion de l’image, des beaux livres exprimée par les quatre intervenants.
Julia, l’illustratrice, a dit son plaisir à créer un album, à servir au mieux un texte, à peaufiner lisibilité et rythme. Et plus encore en ayant « voix au chapitre » sur tout : dessin, bien sûr, mais aussi choix des papiers, de l’impression. Tout ce travail pour lequel elle revendique « sens et fierté » !
Chez Bérengère, l’éditrice, c’est l’engagement total pour « ses » livres, pour les « locomotives » comme pour les autres, son souci de les accompagner en tous lieux, chez les libraires et ailleurs, d’Ici-Même jusqu’à partout, sa crainte de les voir très (trop) vite retournés !
Daniel, lui, pour satisfaire son « plaisir à faire exister les livres », croise son activité d’éditeur de beaux livres avec des activités plus lucratives d’imprimeur. Il a fait le choix d’une « autre économie du livre » en réalisant, à la demande, des ouvrages pour les artistes, qui les vendent lors de leurs expositions.
Pour Michel, l’agent, au carrefour des voies de l’édition, il y a la satisfaction de voir qu’un livre est souvent mieux défendu par une petite structure, surtout quand il a peu de chance d’attirer le grand (?) public. Le souci, aussi, de la situation des illustrateurs, de leur accès à des travaux annexes pour mieux financer leurs temps de création personnelle. 

Au sortir de cet échange à quatre voix sur ce domaine artistique difficile, aux fortes contraintes matérielles et économiques, c’est sans doute Bérengère qui a donné la belle image de fin, en affirmant que les 30 livres de son catalogue ont été « 30 belles aventures » !

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