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Cathie Barreau. Rendre harmonieuse la vie entre écriture et métier est un art

Rencontre

Rencontre avec Cathie Barreau, écrivain et animatrice d'ateliers d'écriture.

En 2006, Cathie, tu gères la maison Gueffier depuis douze ans et tu publies tes premiers livres, Trois jardins et Journal secret de Natalia Gontcharova. Comment sont-ils nés ?

Tout va ensemble. D’abord j’écris depuis que j’ai dix ans. L’écriture a toujours fait partie de ma vie. Après avoir participé à des ateliers oulipiens à Paris, je me suis rendu compte que mon travail d’écriture était partageable. Je n’avais jamais pensé à publier avant. Alors j’ai été au bout de deux manuscrits plus longs, Trois Jardins et Journal secret de Natalia Gontcharova, publiés en 2006 aux éditions Laurence Teper. Le fait que j’ai publié tout en gérant la maison Gueffier n’est pas étonnant. Tout s’est cristallisé en même temps.

Arrivais-tu à insérer une discipline d’écriture dans tes journées très chargées ?

La maison Gueffier me prenait beaucoup de temps, mais je faisais partie de l’équipe de la Scène nationale, qui avait son propre directeur. Donc j’avais une certaine disponibilité d’esprit. J’écrivais le matin et le soir, quand on ne recevait pas d’auteurs. J’ai écrit plusieurs livres à cette époque.

Comment faisais-tu la promotion de tes livres ?

J’ai commencé à publier en 2006 et j’ai quitté la maison Gueffier en 2008. J’ai assuré la promotion de mes livres pendant deux ans. Cela n’aurait pas été possible à plus long terme car être responsable de cette maison et publier en même temps dérangeaient. Si j’avais été recrutée pour diriger la maison en tant qu’écrivain, cela n’aurait pas été le cas.

En 2009 paraissent Les Premières choses mais les oiseaux et Écoute s’il neige. Tu ne diriges plus la maison Gueffier, tu n’es pas encore arrivée à la maison Julien-Gracq. Écris-tu plus facilement ?

Oui ; en 2009, la Région fait appel à moi pour une mission de réflexion sur le projet de la maison Julien-Gracq, mais j’arrive quand même à écrire Comment fait-on l’amour pendant la guerre ? Je fais aussi la promotion des deux romans parus. En revanche en 2011, mon éditrice Laurence Teper cesse son activité. Je dois trouver un autre éditeur et heureusement j’apprends que Buchet-Chastel monte une collection de littérature. Ils m’acceptent, et c’est formidable.

Tu te sentais à nouveau accueillie dans une maison ?

Mais oui, car de toute façon la problématique de l’écrivain est toujours la même. Avoir du temps pour écrire, convaincre un éditeur et gagner sa vie en même temps. Alors si on n’est pas rentier, il faut trouver des moyens de vivre. J’ai des amis auteurs qui n’ont pas d’emploi à côté, je ne les envie pas. Ils courent après la résidence, la mission littéraire, la commande. On devient un mendiant. Rendre harmonieuse la vie entre écriture et métier est tout un art. Un poste à responsabilité suppose un engagement qui peut mettre à mal le travail créateur.

Pendant ta mission auprès de la maison Julien-Gracq, pouvais-tu te consacrer à ton œuvre ?

Pas comme je l’aurais voulu. J’avais plusieurs projets, dont l’un était d’écrire sur l’aventure de cette maison, mais j’ai vite compris que ce qu’on attendait de moi était la gestion et l’organisation de cette nouvelle maison et que mon travail de création n’avait pas sa place. À la maison Julien-Gracq, il m’a fallu suivre les travaux, avoir affaire avec les institutions politiques et financières, et m’approprier les singularités propres à cette maison. Je ne pouvais pas faire un copier-coller avec d’autres expériences. À cette période, j’ai écrit de la poésie, et Solstice et au-delà est sorti chez Tarabuste.

Est-ce qu’un jour l’idée de ne plus pouvoir écrire t’a traversée ?

Jamais. J’ai des peurs, mais pas celle-là. J’ai l’impression d’être née avec l’écriture et je mourrai avec. Peu de temps avant de quitter la maison Julien-Gracq, j’ai mis en place un atelier avec des amis auteurs, et ainsi j’ai repris confiance en moi car la maison m’avait pris beaucoup de ma créativité. Je finissais par m’étioler. J’avais accompli la mission qu’on m’avait confiée : créer la maison Julien-Gracq et la faire vivre. J’allais avoir 60 ans, j’aspirais à m’occuper de mes livres et de ma vie à moi, de ma famille. J’ai bien fait. Je viens de terminer un roman et je m’engage dans un autre texte.

Trouves-tu les auteurs bien renseignés sur leur devenir ?

Non, ça reste opaque. Récemment j’ai fait venir des auteurs affiliés à l’Agessa pour des ateliers que j’anime dans le cadre des ateliers Pratiques et Recherches. En janvier dernier, l’Agessa nous a répondu ne pas savoir si l’on allait devoir verser directement des cotisations à l’Urssaf ou pas.

Que préconiserais-tu pour un statut d’auteur plus juste ?

Il faudrait obliger tous les éditeurs à établir un contrat à leurs auteurs. Il y a de petits éditeurs qui ne font pas signer de contrats et qui ne paient jamais. Les éditeurs ont un pouvoir énorme en France. On dit qu’ils prennent un risque, mais ils peuvent aussi laisser tomber des auteurs dans l’oubli. Rendons quand même hommage à tous ces éditeurs qui créent leur maison et font des trouvailles magnifiques.

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