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Ringo, de Benoît-Marie Lecoin

Livres

Ringo ou "Americana en mode blood and guts".  Voici le roman noir de Benoît-Marie Lecoin, chez les éditions Le Murmure récemment installées à Nantes. Lecture d’Élisabeth Sourdillat.

Un roman noir sauce américaine hot and spicy, très sombre et très violent, comme concocté dans les cuisines de l’enfer. L’assassinat n’y est pas un art noble mais une soupape à frustrations. Dans un cookbook ça donnerait un Roti de labrador au sang, servi avec les yeux on the side, car, tout de même la sauvagerie débridée, poussée à son paroxysme façon Tarantino produit un certain humour. 

Les livres des éditions du murmure sont toujours de beaux objets, au travail graphique soigné et réfléchi. Ici, une couverture au grammage épais, un peu doux, avec des rabats où alternent 11 petits revolvers noirs et rouges, dont les cartouches se promènent en haut des pages intérieures. L’orange et le violet veloutés de la couverture sont un brin trompeurs puisque ces 11 flingues sont autant de chapitres qui racontent la courte vie, trash et no limit, de Ringo, un homme-chien-hermaphrodite (on pense à Eugenides) violemment dysfonctionnel malgré son nom d’étoile. Une enfance pourrie et maltraitante conduit notre homme-femme à une addiction à l’ultra violence. Quand il est tendu, il sort buter un clodo ou deux. Ce qui tourne à son avantage lorsqu’il est embauché par la Mafia pour jouer les nettoyeurs. Seul hic, c’est un sentimental, et en cas de trop plein d’émotions il dézingue aussi les femmes dont il tombe amoureux, en leur écrasant la tête avec une grosse pierre par exemple.

Croyez moi, chez Benoît-Marie Lecoin, aucune possibilité de rédemption pour les rebuts de la société même s’ils n’y sont finalement pour rien. Une galerie de détraqués voués à l’enfer! Rien ni personne à sauver dans cette société américaine d’après le Vietnam. Lecoin s’amuse à convoquer la mythologie yankee post-fifties, et défilent ainsi tour à tour les figures littéraires et cinématographiques, les archétypes, depuis la mère prostituée dans sa caravane aux beatniks défoncés en mode road trip, le vétéran traumatisé de la guerre du Vietnam, les mafieux. Tous subiront le même traitement : la mort, violente et même tout à fait dégueulasse. Pour compléter le tableau, les Misfits sont ici aussi des déviants sexuels, adeptes du SM.

Bref, nos Tontons flingueurs, à côté de Ringo, c’est “Bécassine à la plage”. Les adeptes du genre peuvent se réjouir, Le murmure nous annonce une trilogie, La fresque monstrueuse. On n’a pas fini de massacrer, saigner, trucider, se défoncer. Bonne lecture ! 

Ringo, de Benoît-Marie Lecoin, Le murmure éditeur, 250 pp., 19 €, ISBN: 9782373060119.