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Prends ma main Donald, de Julien Péluchon

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Suivre la trace d’un prédicateur qui visiblement ne partage pas tout à fait la même réalité que nous promet bien des surprises. Au lecteur de choisir à quel degré il veut lire Prends ma main Donald, le nouveau roman de Julien Péluchon, mais quoi qu’il en soit, le rire sera au rendez-vous. Lecture d’Amandine Glevarec.

 

Perplexe. Au début, je me dis, c’est Donald qui est barge ou le monde qui est fou ? Faut un peu de temps, faut pas s’en cacher, pour jalonner ce parcours qui nous amène à savoir à qui notre “héros” (le terme est mal choisi, on va lui rajouter un anti) va donner sa main. À qui ? alors là, peut-être à Dieu, peut-être à Julien Péluchon himself, allez savoir, faut pas toujours chercher à tout comprendre. Le lâcher-prise qu’ils disaient, là c’est la même, sauf qu’on la garde bien en main, la prise, qu’on s’accroche quelques dizaines de pages avant qu’enfin tout devienne limpide (enfin, presque…). Une fois la langue acceptée puis savourée, elle qui s’amuse de terminaisons en “-îtes” et en “-îmes” dont je ne me risquerais pas à nommer le temps, une fois accepté puis savouré cet univers délirant qui s’amuse des failles de notre présent, entre délires conspirationnistes et fous de religion, une fois accepté puis savouré ce Donald, ex-junkie, nouveau prêcheur, un peu furieux, un peu violent, carrément à l’ouest (l’auteur est Nantais, ses écrits s’en ressentent) croyez-moi sur parole : vous allez vous éclater. 

Il faudra attendre l’entrée en scène d’une femme, Justine venue avec toute sa vertu, pour que ce roman prenne toute son ampleur et qu’on n’en puisse plus de se gausser devant la folie tout sauf douce mais pas sauvage non plus de ce cher Donald. Dans son monde où des lézards occupent notre sous-sol, gardent nos enfers, inspirent nos politique, dans ce monde où le véganisme n’est pas encore assez fort qu’il faut de plus s’astreindre à ne pas cuire les aliments (de peur de voir la surface se réchauffer et devenir bien trop clémente pour les reptiles), dans cet univers construit de main de maitre par Julien Péluchon qui, je l’espère, s’amuse autant que son lectorat, tout s’explique, tout se recolle, cohérence hallucinante de vivacité et d’intelligence. En bref, faisons court, nous suivrons les pas d’un prédicateur qui a manifestement abusé de certaines substances par le passé, mais qui tout à son délire est d’une force de conviction assez peu commune. C’est enlevé et empesé à la fois, admirable. Est-ce que j’ai un fond de culpabilité à rire alors que ce garçon a visiblement des problèmes  ? En fait non, car il y croit lui, alors pourquoi pas nous. Et toc la réalité. 

Prends ma main Donald, de Julien Péluchon, Éditions du Seuil – Collection Fiction & cie, 272 p., 19€, ISBN: 9782021390902.

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