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N47 - Polyphonie pour Antoine Emaz

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Un émouvant numéro hors-série de la revue N47 consacré au poète Antoine Emaz, disparu le 3 mars 2019. Lecture de Claire-Neige Jaunet. 

Polyphonie : combinaison de plusieurs voix.

Dans ce numéro hors-série de la revue N47 consacré à Antoine Emaz, de nombreuses voix se combinent : celle d'Antoine Emaz lui-même et, autour de lui, celles de ceux qui ont eu la chance de l'approcher. Ils viennent parler de lui, pour lui. On entend aussi, sous forme de discrètes harmoniques, celles d'auteurs et d'artistes proches ou lointains dans le temps, cités ou simplement nommés (Marguerite Duras, Baudelaire, Jean Ferrat, Rimbaud, etc.). Chacun développe le phrasé qui lui convient: texte long ou bref, récit ou confidence, prose ou versification, et, quelquefois, des mots solitaires librement jetés sur la page comme un semis que le lecteur fera lever.

À ce concert de voix s'associent quelques réalisations visuelles, diverses elles aussi: des photos, des portraits d'Antoine Emaz, des reproductions d'œuvres ou de pages manuscrites... Et parfois parole et image s'unissent dans une même création, tels ces mots, ces textes, que Mélanie Leblanc dissimule derrière un voile noir déchiré par endroits. Il s'agit donc bien d'une polyphonie, ample, qui rassemble une pluralité de voix et de formes. 

Mais pour qu'une polyphonie soit harmonieuse il faut que toutes les voix qui la composent soient fédérées.
Antoine Emaz et ses poèmes présents ça et là donnent la tonalité commune. Et chacun dit, avec sa sensibilité singulière, la trace que celui-ci a laissée en lui: des souvenirs de moments partagés, des réflexions sur l'écriture, la poésie, le temps... Tous parlent autant du poète que de l'homme, avec ses "qualités rares"1, son humanité, sa droiture, "le juste regard qu'il portait sur lui-même" 2 . Car avec Antoine Emaz l'homme et la poésie ne font qu'un. Ne disait-il pas lui-même: "dans mes poèmes je ne cherche pas à éblouir l'autre, je cherche à le rencontrer".

Chacun reconnaît en lui une "attention généreuse à l'autre"3, un grand respect d'autrui. Certains mots semblent le contenir plus particulièrement, et des voix différentes les reprennent en écho.  Le mot "glycine" par exemple – un mot tout simple ; mais, comme le fait remarquer Yves Charnet, Antoine Emaz a opté pour "un langage courant (...) porteur de couches de sens possibles". C'est aussi le mot "silence", inscrit  dans sa démarche poétique: " ce qui est dit est l'affleurement lisible de ce qui est tu". Chacun apporte à cette polyphonie sa sincérité et son émotion, chacun parle à sa manière mais ne dit pas autre chose que Bernard Bretonnière: "Antoine n'a pas disparu l'après-midi du 3 mars 2019".

Même si sa disparition est une réalité irréfutable,  à laquelle souscrivent  les derniers poèmes, chacun est là pour lui offrir, dans un hommage unanime, "une sorte d'éternité"4, et faire valoir, pour reprendre les mots de Marie Alloy, qu'il "a déposé des gerbes de lumière / sur le corps des mots".

1 & 2 Bernard Bretonnière.  

3. Christian Vogels.   

4. Albane Gellé

N47, numéro Hors série 2019 : Polyphonie pour Antoine Emaz, sous la direction de Christian Vogels, 108 p., 20€, n° ISSN 2425-2239.

Pour commander ce numéro, contacter Mme Annick Dandeville (dandeville.annick@free.fr)
Revue N47
29 rue du Quinconce
49100 ANGERS