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Je t’envoie des nouvelles de Nantes, de Yannick Guilbaud

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Dans son nouveau recueil, Je t’envoie des nouvelles de Nantes, Yannick Guilbaud nous offre sept nouvelles en pays nantais. Il nous fait savourer un mélange de lucidité sombre, de références culturelles ou historiques pointues et de conscience aigüe de la condition humaine. Lecture de Jean-François Sabourin. 

Récompensé en 2002 par le prix de la ville de Pouliguen pour son premier roman Rue du port au vin, Yannick Guilbaud, dangereux récidiviste dans la contemplation du monde qui l’entoure,  est un touche-à-tout: interprète de chansons traditionnelles, photographe, acteur de théâtre, aquarelliste, concepteur de spectacles, il ressent avant tout l’absolue nécessité d’écrire. Éternel révolté, les événements sociaux et les injustices ne le laissent jamais indifférent.

“J’écris pour continuer à vivre, communiquer avec les autres, dire ce que j’ai à dire et défendre les thèmes et les idées qui me sont chers (…) Il y a bien sûr ce besoin de créer… une drogue, nécessité vitale d’être, à travers les exigences du moi et de la sublimation.”

Dans ce nouveau recueil, l’auteur nous offre sept nouvelles en pays nantais. Chacune d’elles joue avec ces instants forts où tout aurait pu basculer loin de toute vision d’avenir. Yannick Guilbaud maîtrise parfaitement son sujet, laissant le destin libre de conduire ou non l’aventure. Avec lui, le lecteur joue de concert avec les protagonistes des nouvelles tant il sait nous prendre par la main et nous transporter dans son univers. Il nous embarque dans ses valises, légères, lourdes, drôles, cyniques ou amères, il nous offre des voyages où chemin rime avec humain. De l’inspecteur Malingros à cette femme de désir, en passant par un certain docteur Gentil et cet Albert ouvrier des chantiers navals, ces nouvelles, rangées dans des valises comme autant d’errances de personnages éclopés de la vie, nous projettent dans un univers où les protagonistes cherchent des existences au-travers d’une époque où seule l’unité de lieu résonne pour des hommes et des femmes qui n’ont plus d’autre liberté que de vivre avec des fêlures, des bribes de souvenirs et des espérances inaccessibles.

Ce recueil aux atmosphères différentes, réunies par la qualité de l'écriture et la précision des détails que l’on retrouve tout au long de l’ouvrage, nous fait savourer un mélange de lucidité sombre, de références culturelles ou historiques pointues et de conscience aigüe de la condition humaine. Dans un rythme haletant et soutenu, l’auteur décrit d’une manière chirurgicale mais toujours poétique cette ville, Nantes, port négrier, ville de tous les possibles, “apaisée et outrancière, insolente et soumise, désuète et moderne”. Il la dépeint au-travers de ses personnages comme une forteresse assiégée par ces forçats des docks, sanctuaires des mouvements populaires ouvriers, où les rebelles luttaient entre l’or et le soufre  “l’or corrompu et le soufre du diable” au bord de la Loire cette “amante soumise”. “On dit que Nantes est grise, écrit Yannick Guilbaud, mais son cœur est un volcan lumineux. Je la vois bleue. De ce bleu pâle festonné d’orange qui transperce sans complexe des crépuscules matinaux”.

Je t’envoie des nouvelles de Nantes, de Yannick Guilbaud, Ella éditions, 199 p., 18 €, ISBN: 978-2-36803-332-6.

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