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La grammaire des os, de Tonya M. Foster

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Tonya M. Foster, avec La grammaire des os, délivre un texte pris dans la gangue de la grande cité. Elle nous assène une leçon de langue. Un coup.

Os au jazz : une invitation au langage

La grammaire des os (Grammars of Bones) nous assène une leçon de langue. Un coup. L'écriture de Tonya M. Foster éclate jusqu'à faire craqueler les fondements de l'écrit.

Cette édition bilingue s'ouvre avec “La Nouvelle Orléans, une bibliographie”, véritable texte manifeste où dès la première ligne tout est dit : 

“Dans le langage Dans le paysage Paysâme Dans le langage Dans le paysage Paysâme Dans”

L'auteur nous dévoile ainsi son chemin d'écriture, elle déconstruit pour reconstruire. Tout y passe, les mots la syntaxe la ponctuation la forme (la mise en page n'est pas anodine). Ensuite ce premier texte se décline comme un abécédaire sensible et violent. Tonya M. Foster dévoile chaque lettre de l'alphabet en regard de son histoire, à coups de mots. Une résonance s'effectue alors entre cette bibliographie et le squelette d'une biographie. Ce n'est pas un hasard si ce premier opus s'achève sur un “Amen”.

L'ouverture de La Grammaire des os tient autant du manifeste que du cantique. Il nous claque au visage pour nous dire de libérer la parole, si cela est encore possible. C'est du gospel passé au crible du jazz.

Les autres textes ne ressemblent en rien, par la forme, à ce conglomérat de mots serrés, déversés sur les deux premières pages.

Foster nous entraine après dans des poèmes de plus en plus courts à mesure que nous avançons dans sa grammaire. Sans doute pour nous faire prendre la mesure de sa langue. En jazz le thème se répète, vers l'infini si besoin. Ici on se retrouve face à des haïkus qui se répètent dans leur irrégularité, comme un thème de jazz qui est repris et donne un nouveau sens/son.

“Plus de chagrin
  peut-il l'habiter? Le whisky
  se mêle à l'eau

  Plus de chagrin
  peut-il s'enfouir ? ‘moins 10%’
  & l'attente aux caisses”

Le recueil se compose de trois parties, dont la dernière et plus longue. “Un essaim d'abeilles en Haute Court”  est une variation sur le titre du tableau de Max Ernst, “A swarm of bees in a palace of justice (Un essaim d'abeilles dans un palais de justice)”. Tonya M. Foster réussit à nous piquer au vif avec ses haïkus. Lâchant ses mots dans notre esprit, elle nous aiguille vers de nouveaux chemins. Ne pas s'enfuir malgré la chair meurtrie. L'auteure redonne verbe aux mots qu'elle rythme. Sans tomber dans le slam, un phrasé typique s'impose pour donner la mesure du style de Foster, ici finement traduit en français par Olivier Brossard et Béatrice Trotignon.

La grammaire des os, de Tonya M. Foster, traduit de l'anglais (États-Unis) par Olivier Brossard et Béatrice Trotignon, Éditions Joca Seria, 92 pp., 7,50 €, ISBN  : 978-284809-282-9.