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Eté 70, de Jacky Essirard

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Dans Eté 70, le nouveau roman de Jacky Essirard, une opération chirurgicale renvoie le narrateur quarante ans en arrière, où il retrouve un amour de jeunesse avorté. Lecture de Claire-Neige Jaunet.

"Une semaine de répit pour me remettre de l'opération et guérir d'un souvenir" : voilà la phrase qui pourrait résumer rapidement le roman de Jacky Essirard, Eté 70.

L'été 70 renvoie le narrateur Vincent quarante ans en arrière, à un moment où il affronte (et le mot ici n'est pas exagéré...) une opération chirurgicale et les désagréments de la soixantaine. La semaine de repos et de soins devient l'occasion de revisiter le voyage en Hollande qu'il fit cet été-là, "sans autre outil que la mémoire" et quelques photos qui ont figé des instants.

L'entreprise, de prime abord anodine, met en jeu une histoire d'amour de jeunesse avortée... que Vincent décide de mettre en mots pour la donner à lire à Margot, sa compagne entrée tardivement dans sa vie. S'ensuit un récit mi-linéaire mi-capricieux, un va-et-vient entre deux périodes, deux lieux, et deux femmes (voire plus... ), car le voyage en Hollande, c'était l'espérance – perdue avant même le jour du départ – de transformer un "amour par correspondance" en un engagement authentique.

Mais pourquoi ce besoin de "raconter cette histoire" et de retrouver une brève période de vacances qualifiée par Vincent lui-même d'"épopée puérile" ? Pourquoi ce besoin d'en partager le souvenir avec sa compagne ? Cette double question revient à plusieurs reprises, soulignant le caractère surprenant de la quête. Une quête qui ne cesse de faire surgir des interrogations vitales : "Comment résister aux souvenirs qui refont surface ?"... qu'est-ce que le destin, le hasard, et que sont devenus les êtres que l'on a croisés un jour ? Comment accueillir les premiers signes du vieillissement ? Et surtout: qui suis-je réellement ? Quels choix ai-je réellement faits dans ma vie ?

L'intuition que ce voyage en Hollande est un révélateur explique sans doute la nécessité ressentie par le narrateur d'exhumer un lointain passé juvénile et de l'inscrire dans son présent. Ainsi la quête initiale, insensiblement, se redéfinit, au fil des jours qui apportent la guérison du corps mais qui creusent de plus en plus un bilan existentiel, sans toutefois glisser vers l'anxiété. Le ton reste alerte et vif d'un bout à l'autre de ce roman bien rythmé, "les cicatrices tiennent bon", et la dernière phrase du roman est ouverte au futur : "Rester. Peindre l'avenir. Achever le portrait de mon amante."

Eté 70, de Jacky Essirard, Éditions Yovana, 2018, 203 p., 19 €, ISBN 979-10-95115-14-4.

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