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Du paysage à l'atelier, de Françoise Nicol et Yves Picquet

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Voici  une riche analyse née d’un dialogue entre l’artiste Yves Picquet (dont les œuvres ont été récemment exposées à la Maison Gracq et à l’Abbaye Mauriste) et l’historien d’art Françoise Nicol. Les mots peuvent-ils percer le mystère du geste créateur ? Lecture de Claire-Neige Jaunet. 

C'est à Françoise Nicol, maître de conférences à l'Université de Nantes, que nous devons la monographie Yves Picquet, Du paysage à l'atelier, née d'un dialogue avec l'artiste, dans son atelier, "en présence des œuvres". Pourtant, le préambule nous le dit, la peinture et la parole sont deux territoires distincts, et jamais les mots ne perceront le mystère du geste créateur, énigmatique même pour celui qui le pratique. Mais la volonté réciproque "d'en savoir davantage" animait cette rencontre.

Françoise Nicol organise son propos selon trois axes. Il s'agit d'abord d'illustrer l'affirmation "J'ai toujours été peintre" en recueillant les signes qui montrent combien la peinture est au coeur de son identité : premières peintures sur le motif, premières émotions artistiques, expositions, quête personnelle menant du paysage contemplé à une "image mentale" et à une œuvre sérielle dont la discontinuité n'est qu'apparente. L'auteure s'attache à en étudier la cohérence dans la deuxième partie, "Peintures à logique". Elle explore le point de départ d'une série, son développement, et son glissement vers une autre. Elle interroge les "règles du jeu", qui englobent "l'aléatoire, l'incident, le sensible, mais aussi le regard et le geste expérimenté de l'artiste", dont elle esquisse le profil : pour lui, il s'agit moins de se soumettre à une intentionnalité que de chercher les potentialités de la toile, "lui faire rendre tout ce qu'elle a à rendre" et "la forcer à entrer en dialogue avec les autres".

Françoise Nicol se déclare émue par l'engagement qu'elle perçoit devant l'homme au travail : "un corps confronté (...) à la matière", conscient que "de son engagement, de la succession de ses gestes, dépend forcément l'œuvre en cours". Conscient aussi de l'importance de la couleur et du travail indispensable pour passer du produit industriel à la nuance voulue, celle que l'œil du peintre a "sélectionnée". Comme le geste ou la forme, la couleur doit devenir un "signe" sans jamais être "bavarde". De nombreuses reproductions illustrent l'analyse et lui donnent une réalité.

À l'issue de son étude, Françoise Nicol fait un constat : "à l'œuvre à présent sont aussi associés les mots du peintre", et ceux-ci constituent la troisième partie de l'ouvrage. On y découvre ses mots favoris, ceux qu'il emploie de façon récurrente pour parler de sa démarche : la recherche d'un "mode de réalisation" et de la forme qu'il juge "juste". Cette dernière partie renverse quelque peu le propos initial, puisque les mots et la peinture révèlent leur complémentarité.

Du paysage à l'atelier, de Françoise Nicol et Yves Picquet, Éditions Delatour France, 96 p., 29€, ISBN 978-2-7521-0347-5.

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