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Déboire, de Jean-François Marquet

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Déboire est le récit d’une désintoxication. Jean-François Marquet documente l’expérience, cherche à comprendre et à restituer une métamorphose. Lecture d’Élisabeth Sourdillat.

Qui a croisé Jean-François Marquet en signature de ce livre, rayonnant, flanqué de ses éditeurs, sait déjà comment se termine l’histoire, il n’y a rien à “spoiler”. Et puis Déboire, ce n’est pas un roman, ce n’est pas non plus de l’auto-fiction. L’auteur en parle comme d’un “récit de vie à la première personne”, et on lit en effet un documentaire dont l’objet est son propre auteur.

Ça tombe bien, le documentaire, c’est ce qu’il sait faire et J-F. Marquet nous laisse lire au-dessus de son épaule le journal de sa désintoxication, accouché parfois dans la douleur, tout au long des 30 jours qu’a duré sa cure en clinique. Il évoque rapidement l’avant et l’après, mais choisi de se limiter à la temporalité de ce moment clos, lieu et métaphore de sa mue.

Il y a un ou deux ans, une fois décidé à quitter le Pays du Mordor de l’alcoolisme, il s’est agi d’écrire pour à la fois documenter et objectiver l’expérience, d’où le choix d’un témoignage minutieux, jour par jour. Les médicaments, les sorties, les repas : on colle au plus près de chacun de ces détails qui sont venus remplir le temps distendu de l’hôpital. Tout en restant d’une grande pudeur il élargit le point de vue pour aborder le sensible, le corps et ses humeurs. Il interroge aussi les raisons possibles de l’addiction, la vie gâchée.

Comme il a le sens du cadrage, du découpage et du montage, il arrive à impulser du rythme à une routine très répétitive, et, comme avec les boucles de la musique répétitive, à capter les petites variations qui racontent le progrès et ouvrent peu à peu l’angle de vue. Pendant 30 jours sa vie s’est partagée entre deux mondes : le dehors (ses fils, sa compagne, ses copains, les gens du bistro) et le dedans (soignants et soignés, petit théâtre dans lequel évolue une micro société).

Pour finir, le dernier objet d’étude c’est lui-même, un cinquantenaire qui veut comprendre et restituer une métamorphose. “Étrange, j’ai écrit en ces trois dernières lignes les mots envie, souhait et profiter, qui, d’ordinaire, me sont exotiques, voire culpabilisants (…) À l’évidence quelque chose s’est produit dans le cocon de l’HP.

”Un homme qui fait le bilan, regarde sa vie, observe sa propension à se tirer une balle dans le genou et à se déconsidérer et à se trouver nul. Il ne s’apitoie pas trop, il l’a bien cherché."
C’est sans doute la part la plus touchante de ce récit, qui s’achève en déclarations d’amour à sa compagne et à ses fils. À la vie même finalement. Déboire, c’est l’histoire d’un mec, c’est l’histoire de chacun de nous.

Déboire, de Jean-François Marquet, Éditions Joca Seria, 218 p., 18€, ISBN  : 978-284809-301-7. Ce livre sur le site de l’éditeur (http://www.jocaseria.fr/Catalogue/Livres/Fiche%20livre/deboire.html)

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