Le Cahier bleu, de Marie-Hélène Bahain

Publié le 19/12/2019 par Jean-François Sabourin
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Le Cahier bleu, le nouveau roman de Marie-Hélène Bahain, l’auteure nous invite à considérer que l’enfance résiste. Qu’elle demeure, mystérieusement, qu’elle ne cesse jamais et que nous sommes chacun encore à sa recherche longtemps après l’avoir quittée. Lecture de Jean-François Sabourin.

Dans La Marelle, le lecteur avait quitté la petite Hélène après sa première année d’école. Il la retrouve six ans plus tard, à l’entrée au collège. Après un été d’insouciance, c’est désormais la ville et l’internat. C’est le temps du Cahier bleu.

Marie-Hélène Bahain a publié près d’une dizaine de romans ou récits. Récompensée par le prix de la ville de Carhaix pour  L'Arbre au vent, elle a contribué à la création et à la vie des éditions de l’Escarbille. Dans Le Cahier bleu, finie l’euphorie, place au doute. L’enfant n’est plus une, son corps change, les émois de son âge la perturbent, elle découvre les interdits. Heureusement, la lecture et l’écriture dans le précieux cahier vont lui permettre de se ressourcer dans des mondes parallèles. Elle regarde sa vie enfermée dans cette institution catholique et elle a l’impression que, désormais, elle ne sera plus d’ici. Elle est contenue là pour être déposée dans un lieu inconnu, une année entière, l’éternité. 

“D’innombrables étés seront nécessaires pour arriver au terme des découvertes, dans la maison les jours de pluie et d’orages et à l’extérieur quand il fait beau. L’été est infini, il ne meurt pas. Il continue en dehors d’elle, juste glissé derrière les autres saisons et le paravent rigide de l’école. 

L’auteure nous invite à considérer que l’enfance résiste. On ne s’en défait pas. Qu’elle demeure, mystérieusement, qu’elle ne cesse jamais et que nous sommes chacun encore à sa recherche longtemps après l’avoir quittée. Il arrive un jour ou l’autre, dans une vie, qu’on ait à s’expliquer avec elle. Pour Marie-Hélène Bahain, l’erreur serait alors de croire qu’elle aurait des comptes à nous rendre.

“Elle se laisse absorber par ce qu’elle apprend et ce n’est pas assez. Elle retrouve le cahier bleu. Et si elle commençait un journal. Des poèmes s’écrivent, certains coulent aisément, ils étaient déjà là. Le plus souvent, elle va chercher les mots et quand elle ne les trouve pas, elle s’imprègne d’un poème aimé. 

Pour l’auteure, l’enfance est “ce qui n’est pas épuisé cette patrie que nous avons quittée, cette terre d’oubli dont nous nous souvenons, et qui fait de toute existence un voyage ouvert, une aventure toujours possible. C’est ainsi que l’espèce humaine est une espèce romanesque, qui se construit dans la fable ou la fiction de son enfance.

L’auteure raconte sans jamais tout dire. Son récit prend forme dans cette pudeur ou cette impossibilité. Sa puissance est de forger dans les mots et l’usage de la langue une issue à nos silences fondateurs, une représentation possible de notre rapport à nous-même, aux autres – rapport souvent brisé ou obscurci par les aléas de la vie. Ce roman aux atmosphères différentes, réunies par la qualité de l'écriture et la précision des détails que l’on retrouve tout au long de l’ouvrage, nous fait savourer un mélange de lucidité sombre et de conscience aigüe des rapports humains. 

Le Cahier bleu, de Marie-Hélène Bahain, LŒil ébloui, 95 p., 14 €, ISBN: 978-2-490364-14-5.

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