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Rencontre avec Julia Wauters : l’encre dans la peau !

Rencontre

Julia Wauters est une illustratrice passionnée de sérigraphie. 

Arrivée à Nantes il y a dix ans après des études aux Arts-déco de Strasbourg, elle participe activement à l’émergence des premiers collectifs d’illustrateurs nantais : « Il y a un terreau très riche d’illustrateurs sur Nantes. A mon arrivée j’ai croisé beaucoup de gens, d’associations autour du dessin. J’ai rapidement monté un atelier, ça a été très facile, il y avait de la demande. Dans cette ville j’aime beaucoup le tissu associatif qui est très dense et particulièrement ouvert. »

L'impression pour expérimenter

C’est notamment le réseau des imprimeurs que va explorer Julia, dont l’attrait pour la sérigraphie est depuis longtemps constitutif de son rapport à la création. « Le dessin seul, pour moi, n’est pas vraiment source d’inspiration alors que l’impression, c’est concret, pragmatique. S’il n’y a pas ça, je me perds complètement. Parfois, j’ai envie de faire des images justes pour les voir imprimées, pour voir la superposition d’une couleur avec une autre. En sérigraphie il y a une récompense de la couleur et la surprise de l’impression dont le résultat dépend de beaucoup de paramètres : le papier, l’ordre des passages… Quand j’ai des moments de doutes, c’est toute cette expérimentation qui me reconnecte au dessin. »

L’autre élément indissociable de sa création est son rapport viscéral au collectif : « J’ai besoin d’échanger avec d’autres artistes, j’aime discuter des démarrages de projets avec des gens. J’ai besoin qu’on m’envoie une balle, qu’on me la renvoie. En amont de la création, il faut des rencontres, des échanges. C’est une phase forte en énergie. » 

Le collectif comme espace de construction

C’est l’une des raisons pour lesquelles la commande, loin d’être une activité de seconde zone uniquement lucrative, est pour elle un vrai tuteur. Qu’il s’agisse de mettre son savoir-faire et sa créativité au service de la pub ou d’éditeurs, pour des salons du livres, pour les projets de Radar, son atelier, ou pour animer des d’ateliers dans les écoles, Julia se nourrit de toutes ses différentes collaborations : « J’ai de la chance depuis plusieurs années d’avoir des projets de commande chouettes et bien payés. Je n’aimerais pas vivre que de mes projets personnels, j’aime trop travailler avec des gens et puis j’aime les contraintes, elles sont sources de création. En réalité ça me nourrit beaucoup qu’on ait besoin de moi ; ça élude des questionnements, ça donne des délais précis et ça m’amuse. »

Dernièrement, la réalisation de deux affiches pour des évènements nantais lui a permis d’ancrer son travail en local. « J’ai été identifiée il y a finalement assez peu de temps sur Nantes et du coup, en six mois, j’ai fait une affiche pour la 15e édition de Soy Festival et une autre pour Atlantide. Là j’ai collaboré à nouveau pour Philo- Mélos qui organise des concerts au profit des réfugiés - cette année, à Stéréolux. »

Pour autant, Julia reconnait être dans une période de transition : « Comme beaucoup d’artistes, je peine à trouver un équilibre entre commande et travail personnel, entre procrastination et surproduction. La commande m’a beaucoup grisé et continue de me porter mais tout ce temps de travail tu ne peux pas le convertir en création libre. »

En quête d'horizons

Or, le besoin de se confronter à sa propre création est bien là : « En ce moment, j’ai des idées d’images imprimées. Plus concrètement j’ai une envie de paysage qui se déploie, j’ai une envie de jouer sur une forme allongée et j’aimerais convier d’autres gens à lancer des formes imprimées. J’aimerais reprendre la micro-édition pour ça. C’est moins ambitieux qu’un livre mais il y aura forcément un résultat puisque je n’aurais pas besoin d’éditeur. »

Son mot de la fin sera pour le combat que mènent les artistes-auteurs depuis des mois pour refuser une précarité grandissante. En cause, les réformes en cours d’un statut déjà bien fragile : « Rien n’est adapté, il y a une méconnaissance terrible de nos réalités mais ça a créé une forte mobilisation dans un milieu où les gens sont plutôt isolés et ça, c’est positif. »