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Brainless, de Jérôme Noirez

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Comme surnom, quand on est adolescent, on peut espérer mieux que "Brainless" – en anglais, ça veut dire "sans cervelle", "stupide". Mais Jason Beermann, il s’en moque.

D’une part parce qu’il est mort, et d’autre part parce que, déjà de son vivant, il était du genre décalé.

Jason Beermann est donc mort (dans des conditions rocambolesques qu’il convient de ne pas dévoiler ici). Enfin, mort, ce n’est pas tout à fait le mot. Plus exactement, il est atteint du SCHJ (le syndrome de coma homéostatique juvénile). Pour faire simple, c’est un zombie. Le 433e cas répertorié aux États-Unis. Et là, silence ! Il est essentiel pour le plaisir du lecteur de ne point en dévoiler davantage.

En revanche, l’audace de Gulf Stream Éditeur est à souligner. Inaugurer sa nouvelle collection jeunesse, Électrogène, par un roman de zombies qui ne recule jamais face à l’exigence du genre, il fallait quand même oser. Mais avec la plume expérimentée de Jérôme Noirez, un habitué de la maison, le risque reste maîtrisé. Et on sent chez cet auteur, qui profite de l’aubaine pour glisser quelques clins d’œil bien sentis (tiens, tiens, le héros s’appelle Jason), une certaine jubilation à écrire des scènes délicieusement dégoûtantes.

L’humour est aussi bien présent pour désamorcer le côté horrifique (on pense notamment à l’excellent film d’Edgar Wright, Shaun of the Dead). Toutefois, Jérôme Noirez ne s’égare pas dans une parodie. Les nombreux personnages, qui ont tous quelque chose à cacher, la petite ville américaine où tout le monde a un œil sur son voisin, l’intrigue concentrée sur la vie des lycéens, la dimension fantastique sont autant d’éléments qui rappellent l’ambiance de Twin Peaks, la série cultissime de David Lynch. Tout comme ce dernier d’ailleurs, Jérôme Noirez prend un malin plaisir à traquer les monstres, non pas ceux qui en ont l’apparence, mais ceux qui sommeillent derrière le masque de la normalité.

Dommage cependant que l’auteur ait choisi de débuter son roman en évoquant trop ouvertement le dénouement, procédé qui peut avoir son charme, mais qui gâche un peu l’effet de surprise. Autre réserve : une mise en place de l’intrigue un peu lente, qui trouve toutefois sa justification par une progression en crescendo.

Passé ces quelques bémols, Brainless est un roman hautement recommandable, admirablement servi par une couverture qui… comment dire… donne l’eau à la bouche (pour ceux, évidemment, que les abats ne rebutent pas).

Brainless, par Jérôme Noirez, chez Gulf Stream Éditeur, 256 pages, prix : 16 €, ISBN 9782354882488

 

La bande-annonce du livre, surt le site des éditions Gulf Stream :